La Montgolfière

Historique

La conquête de l’air

La pesanteur vaincue

Les premiers aéronautes quittèrent la terre il y a deux siècles. L’excitation du public fut à son comble et sa ferveur ne put se comparer qu’à la vague d’émotion qui parcourut le monde après l’héroïque traversée de l’Atlantique par Charles Lindbergh en 1927. Les contemporains des Montgolfier et Charles avaient déjà l’intuition du miracle aérien: l’arrachement au sol, l’exploration d’un monde nouveau, le courage de ces hommes qui consentaient à risquer leur vie en partie par sport, mais surtout pour ouvrir des horizons à l’humanité!

A notre époque de vol cosmique, l’état d’esprit n’a pas changé.

Une nouvelle dimension

Quo non ascendam! L’histoire de l’aéronautique ne témoigne-t-elle pas de cette constante aspiration de l’humanité à s’élever au dessus de sa condition, à se transcender soi-même?

Jean-Jacques Rousseau croyait le vol humain possible. “D’abord nous ne ferons qu’effleurer la surface de la terre comme de jeunes étourneaux, nous bondirons dans les airs avec l’impétuosité de l’aigle, nous divertissant à observer le comportement puéril des petits hommes rampant misérablement sur le sol en-dessous de nous” écrivait-il. Personne n’avait la moindre idée de la façon dont l’homme volerait sauf qu’il le ferait à la manière des oiseaux.

L’aérostation est née

Mais il est d’autres moyens de s’élever dans l’atmosphère. Le premier vol humain, la première et incroyable victoire de l’homme sur la pesanteur, eut lieu en France un bon siècle avant que les frères Wright eussent arraché aux sables de Kitty Hawk leur engin rudimentaire. Le premier âge de l’aéronautique s’ouvrit en Avignon en novembre 1782. Joseph Montgolfier, papetier à l’imagination fertile , méditait devant son feu. Voyant s’élever la fumée et l’air chaud, il eut une inspiration. Il prit des déchets de soie, construisit un simple ballon de tissu, le gonfla d’air chaud et, avec satisfaction, le vit s’élever en oscillant jusqu’au plafond de son logement.

L’aérostat venait d’être inventé.

L’homme maîtrise le ciel

Au printemps de l’an 1783, Joseph Montgolfier, avec son frère Etienne, avait assemblé le premier ballon qui eut jamais existé, une énorme sphère de toile doublée de papier. Le 4 juin, gonflé d’air chaud à l’aide d’un violent feu de laine et de paille, l’engin s’éleva à quelques 2000 mètres devant une grande foule de spectateurs au centre d’Annonay, ville natale des deux frères.

Le 19 septembre suivant, un nouvel aérostat fut lancé à Versailles, en présence du couple royal, avec à son bord un mouton, un canard et un coq pour un vol libre d’environ trois kilomètres.

Entre-temps, le physicien Jacques Charles, avec l’aide des frères Robert, avait mis à profit la puissance ascensionnelle d’un gaz nouvellement découvert, appelé “air inflammable”.

Dans le même temps, l’inventeur genevois Ami Argand coopérait avec les Montgolfier et Charles. Pour ce dernier, il avait mis au point un système de fabrication de l’hydrogène au moyen de tonneaux.

Leur premier ballon accomplit un trajet d’environ 25 kilomètres, ayant décollé de Paris, mais fut attaqué et détruit lors de son atterrissage à Gonesse, par des paysans terrifiés.

L’homme parcourt le ciel

Tout semblait en place pour le premier vol humain, l’enthousiasme général aidant. Un jeune noble, plein de feu, se porta volontaire pour faire l’essai du ballon versaillais, rebâti avec une galerie autour de sa base par Etienne Montgolfier. Après quelques tentatives d’ascension en octobre, l’énorme machine “crachant flamme et fumée” s’éleva enfin en vol libre, le 21 novembre1783, des jardins de la Muette, emportant avec elle Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandes. Ainsi volèrent-ils pendant plus de vingt-cinq minutes et atterrirent-ils à quelques 10 kilomètres de leur point de départ

L’ère de la conquête des airs se confirma avec l’ascension de Charles et du jeune Robert à bord d’un ballon à hydrogène qui pris son essor le 1er décembre 1783. Quatre cent mille personnes furent les témoins du vol qui partit du jardin des Tuileries. L’ascension dura plus de deux heures et l’atterrissage s’effectua à 43 kilomètres de Paris. Jacques Charles, seul cette fois-ci, reprit l’air atteignant l’altitude vertigineuse de près de 3000 mètres avant de rejoindre le sol.

Le vol humain devint une réalité.


(M.Péguat-Toquet)